Je ne me souviens plus quand j’ai commencé à compter les semaines lors de mon premier mandat au Burkina Faso – mais me revois-là à ce stade …
En fait j’ai fini 90% de mon mandat – tous les outils ont été développés et discutés avec mon partenaire. C’est le 10% qui reste qui peut prendre une éternité car les homologues n’ont pas le temps de s’approprier des outils – de les mettre en pratique et les maitriser – car ils sont occupés à trouver des financements et répondre aux multiples demandes des bailleurs de fonds. Le scénario trop commun est que l’organisation ne trouve jamais le temps de s’organiser et donc atteint très rarement les objectifs fixés par les bailleurs de fonds (parfois en accord avec l’ONG ou organisation de la société civile bénéficiaire) – c’est une roue qui tourne comme ça car je crois que ça fait partie de la « business » de l’aide. Les représentants des bailleurs ont besoins de donner de l’argent pour justifier leurs salaires, et les représentants des bénéficiaires ont besoins d’être aux aguets de fonds pour justifier leurs salaires et leur organisation. Et c’est une grosse « business » et certains salariés font de très bons salaires (15 000 euros/mois ce n’est quand même pas si mal pour combattre la pauvreté…).
Donc puisque j’ai fini 90% de mon mandat – et que le 10% qui reste je ne sais pas quand il sera fini je commence à trouver le temps un peu trop long – je me suis présenté au travail que mardi et jeudi de cette semaine et je ne pense pas que le partenaire là même remarqué. Encore pire, jeudi au travail j’ai lu mon livre et j’ai joué à changer le look de mon blogue (avez-vous remarqué?).
Durant la nuit de samedi mon taximan a eu un accident de voiture – et miraculeusement il n’a pas été blessé mais la voiture est complètement scraper. On a eu une de « ces » conversations et puisqu’il est un homme honnête, et bon père de famille - il a 3 enfants adorables qui sont tellement heureux de le voir quand nous arrivons à la maison (en fait il reste juste en face de la maison que j’habitais avant mon déménagement) – qu’il a eu un certain encouragement de la foté pour acheter une autre voiture (Renault 19 à 273 000 KM)ou il en est propriétaire et non pas une voiture qu’il doit payer plus de 50% de son avoir hebdomadaire – par contre la foté n’aura plus à payer à chaque semaine jusqu’à remboursement du prêt , ou son départ, et ça fait l’affaire des deux – gagnant/gagnant.
Vendredi nous avons été convoqué au bureau du CECI pour discuter de questions de sécurité – donc pas très sécurisant. Depuis les élections du président Alpha Condé il n’y a pas encore eu les élections législatives et il risque d’avoir quelques manifestations dans les rues car le président veut changer ou mettre à jour la liste électorale car il croit que ce sera à son avantage – problème étant qu’il a été élu à cause d’une coalition qui l’a supporté mais ou il est presque assuré de ne pas avoir la majorité aux législatives – une affaire compliquée de politique qui peut créer des « émeutes » donc se tenir loin des foules … et puis il semblerait que quelques personnes qui ont faim se sont trouvés comme boulot le banditisme à mains armées et ils se permettent de rentrer dans les maisons sans même être invités et en plein jour – assez effronté vous ne croyez pas? Donc encore une fois je me trouve prisonnière dans la maison que j’habite – et ça ce n’est vraiment pas le fun. Par contre nous vivons dans un quartier super sécuritaire avec gardien de jour et de nuit et le poste de gendarmerie à 30 secondes – et nous sommes équipées d’un numéro de téléphone vert (un peu comme le 911 mais à 8 chiffres). Donc pas facile mais pas de problème.
Donc avec tout ça (fini 90% boulot et insécurité) – et le fait que Fatim (la dame chez qui je loue une chambre) quitte au mois d’août je pense rentrer moi aussi vers ce temps-là … à suivre.
Bonne semaine à tous. Et particulièrement bon voyage de noce à Catherine et Paul et bon voyage de l'année pour Dorothy et Dave.
Sunday, June 26, 2011
Sunday, June 19, 2011
Chaque jour suffit sa peine
Alors j’ai déménagé dimanche et lors de mon dernier blogue je vous ai dit que la saison des pluies était belle et bien entamée et la misère noir pour ceux qui se font inonder. Devinez ce qui suit ….
Il y a eu une grosse pluie pendant des heures, les caniveaux ce sont bien remplis et à 3 heures du matin la cour et le rez-de-chaussée de la maison sont complètement inondés. On entend le vacarme des chaudrons qui tombent car ils sont empilés en hauteur et ne peuvent tenir car ils flottent, on sent une odeur nauséabonde, et les deux jeunes femmes qui aident Fatime avec la maison et sa petite fille sont complètement envahies par l’eau sale et insalubre et marche pieds nus dans la noirceur pour évaluer les dégâts car elles sont au rez-de-chaussée avec matelas au sol et donc les plus sinistrées. Toute la nourriture qui était au niveau plancher a aussi été gâtée. Fatim et moi sommes au deuxième étage alors seulement incommodé par la situation – mais ça pris quand même quelques heures avant que l’on puisse mettre pied à terre au rez-de-chaussée. Les jeunes ont fait venir des renforts (membres de leur famille) pour nettoyer les planchers, murs, rideaux et vêtements et ça pris toute la journée. N’étant plus très jeune a ses avantages car j’ai été épargné à participer au nettoyage – donc j’ai pu me rendre au travail en après midi. La seule chose qui a été pêché est une petite souris. Je peux vous dire que c’est impressionnant d’être inondé d’eau d’égouts (les caniveaux sont les égouts ici).
Une autre expérience particulière – le lendemain de l’inondation on m’invite à me joindre à un groupe de collègues du bureau pour aller déjeuner (lunch) – près de l’aéroport. On se retrouve dans un petit emplacement ou le menu est en fait une variété de plats tous cuisinés à l’extérieur par différentes femmes (avec différentes installations plus ou moins désirable) et on est assis sur des bancs avec une table dans un container … oui oui dans un vieux container. J’aurais tellement voulu avoir ma caméra, mais faite vous-même un portrait mental et c’est probablement près de la réalité.
Les avantages de ma nouvelle demeure – je suis traitée comme une princesse car on prépare mes repas (et on fait les achats et la vaisselle), lave mon linge et nettoie ma chambre – donc les seules activités que j’avais sont maintenant pris en main. Il reste vraiment que dodo-boulot. Il semblerait que les personnes d’un certain âge ne sont plus supposées faire des tâches ménagères.
Un peu d’histoire pour vous sensibiliser.
Le Camp Boiro à Conakry, quelques coins de rue de ma demeure de la Camayenne (photo pas permise). Aujourd’hui ce camp a été complètement mis à neuf depuis 2008 et donc cache une histoire assez sombre et barbare. Ce camp a toute une réputation d’être un lieu de torture et de mort pour tous ceux accusés (justement ou injustement) de comportements inacceptables pour le régime de Sékou Touré (1958 à 1984). Ce camp était à ciel ouvert donc sujet à toutes les intempéries et les tortures étaient souvent sous forme de brutalités physiques et sexuelles et de famine (diète noire) ou les corps pourrissaient dans un enclos surpeuplé. Selon Amnistie International plus de 50,000 personnes auraient donné l’âme au camp Boiro et autres camps similaires en Guinée.
C’est de la petite bière comparativement à plein d’autres atrocités qui ont eu lieu en ce continent. Les multiples guerres civiles, les guerres entre ethnies et/ou religions, les génocides, les guerres de pouvoirs pour accéder à la dictature motivées par des intérêts propres, les famines délibérément causées ou ignorées, les ingérences capitalistes et communistes, les mensonges, la corruption et accumulations de fortunes personnelles au détriment des peuples, l’aide humanitaire détournée pour l’achat d’armes, la pandémie VIH/SIDA trop longtemps réfutée etc. ont occasionnés des dizaines de millions de morts dans les derniers 50 ans.
La plupart des pays Africains ont un niveau de vie inférieur à celui de 1980 et parfois même inférieur à 1960. La moitié de sa population de 880 millions vie en deçà du seuil de pauvreté; contribution économique du continent entier est de 1.3% de PDB du monde soit moins que le Mexique; c’est le seul continent ou l’analphabétisme est encore chose courante; les 25 pays qui figurent aux rangs les plus bas sur la liste IDH (Index du Développement Humain) des nations unies sont de l’Afrique – et ce malgré les plus de $300 milliards US et plus investis.
Comment l’Afrique va s’en sortir avec ces apprentissages et qui continue à souffrir de comportements encore redoutables dans bien des coins? Si quelqu’un a la réponse j’aimerais bien la connaître.
Il y a eu une grosse pluie pendant des heures, les caniveaux ce sont bien remplis et à 3 heures du matin la cour et le rez-de-chaussée de la maison sont complètement inondés. On entend le vacarme des chaudrons qui tombent car ils sont empilés en hauteur et ne peuvent tenir car ils flottent, on sent une odeur nauséabonde, et les deux jeunes femmes qui aident Fatime avec la maison et sa petite fille sont complètement envahies par l’eau sale et insalubre et marche pieds nus dans la noirceur pour évaluer les dégâts car elles sont au rez-de-chaussée avec matelas au sol et donc les plus sinistrées. Toute la nourriture qui était au niveau plancher a aussi été gâtée. Fatim et moi sommes au deuxième étage alors seulement incommodé par la situation – mais ça pris quand même quelques heures avant que l’on puisse mettre pied à terre au rez-de-chaussée. Les jeunes ont fait venir des renforts (membres de leur famille) pour nettoyer les planchers, murs, rideaux et vêtements et ça pris toute la journée. N’étant plus très jeune a ses avantages car j’ai été épargné à participer au nettoyage – donc j’ai pu me rendre au travail en après midi. La seule chose qui a été pêché est une petite souris. Je peux vous dire que c’est impressionnant d’être inondé d’eau d’égouts (les caniveaux sont les égouts ici).
| L'eau avait déjà baissée de moitié lors de la prise de photos et les tuiles sont d'un gris/blanc |
Une autre expérience particulière – le lendemain de l’inondation on m’invite à me joindre à un groupe de collègues du bureau pour aller déjeuner (lunch) – près de l’aéroport. On se retrouve dans un petit emplacement ou le menu est en fait une variété de plats tous cuisinés à l’extérieur par différentes femmes (avec différentes installations plus ou moins désirable) et on est assis sur des bancs avec une table dans un container … oui oui dans un vieux container. J’aurais tellement voulu avoir ma caméra, mais faite vous-même un portrait mental et c’est probablement près de la réalité.
Les avantages de ma nouvelle demeure – je suis traitée comme une princesse car on prépare mes repas (et on fait les achats et la vaisselle), lave mon linge et nettoie ma chambre – donc les seules activités que j’avais sont maintenant pris en main. Il reste vraiment que dodo-boulot. Il semblerait que les personnes d’un certain âge ne sont plus supposées faire des tâches ménagères.
Un peu d’histoire pour vous sensibiliser.
Le Camp Boiro à Conakry, quelques coins de rue de ma demeure de la Camayenne (photo pas permise). Aujourd’hui ce camp a été complètement mis à neuf depuis 2008 et donc cache une histoire assez sombre et barbare. Ce camp a toute une réputation d’être un lieu de torture et de mort pour tous ceux accusés (justement ou injustement) de comportements inacceptables pour le régime de Sékou Touré (1958 à 1984). Ce camp était à ciel ouvert donc sujet à toutes les intempéries et les tortures étaient souvent sous forme de brutalités physiques et sexuelles et de famine (diète noire) ou les corps pourrissaient dans un enclos surpeuplé. Selon Amnistie International plus de 50,000 personnes auraient donné l’âme au camp Boiro et autres camps similaires en Guinée.
C’est de la petite bière comparativement à plein d’autres atrocités qui ont eu lieu en ce continent. Les multiples guerres civiles, les guerres entre ethnies et/ou religions, les génocides, les guerres de pouvoirs pour accéder à la dictature motivées par des intérêts propres, les famines délibérément causées ou ignorées, les ingérences capitalistes et communistes, les mensonges, la corruption et accumulations de fortunes personnelles au détriment des peuples, l’aide humanitaire détournée pour l’achat d’armes, la pandémie VIH/SIDA trop longtemps réfutée etc. ont occasionnés des dizaines de millions de morts dans les derniers 50 ans.
La plupart des pays Africains ont un niveau de vie inférieur à celui de 1980 et parfois même inférieur à 1960. La moitié de sa population de 880 millions vie en deçà du seuil de pauvreté; contribution économique du continent entier est de 1.3% de PDB du monde soit moins que le Mexique; c’est le seul continent ou l’analphabétisme est encore chose courante; les 25 pays qui figurent aux rangs les plus bas sur la liste IDH (Index du Développement Humain) des nations unies sont de l’Afrique – et ce malgré les plus de $300 milliards US et plus investis.
Comment l’Afrique va s’en sortir avec ces apprentissages et qui continue à souffrir de comportements encore redoutables dans bien des coins? Si quelqu’un a la réponse j’aimerais bien la connaître.
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